Présentation de la Communication NonViolente (CNV)
La CNV, un langage ?
Selon Marshall Rosenberg, son fondateur, la Communication NonViolente est « le langage et les interactions qui renforcent notre aptitude à donner avec bienveillance et à inspirer aux autres le désir d’en faire autant ».
Elle part du constat que l’enrichissement de la vie est la motivation la plus profonde chez l’être humain dans ses actions, et nous incite à chercher avant tout à assumer la responsabilité de nos choix et à améliorer la qualité de nos relations.En nous aidant à identifier nos besoins réciproques, elle nous encourage à utiliser un langage qui favorise l’élan du coeur et la coopération, plutôt qu’un langage qui nourrit la peur, la culpabilité, ou le reproche.
Lorsque nous découvrons la Communication NonViolente et apprenons à utiliser le processus OSBD, notre « parler girafe » est un peu mécanique, artificiel, et ce peut être déroutant pour notre entourage. Avec un peu plus d’intégration, nous apprenons à nous détacher du processus et de ses formulations toutes faites, tout en gardant bien présente l’intention de la CNV.
Des inspirations universelles, pour un autre modèle de relations
Marshall Rosenberg, parce qu’il assumait s’inscrire dans la lignée non violente de Gandhi et Martin Luther-King, a fait le choix d’utiliser le terme « nonviolent » tout attaché, en référence au mot sanskrit « ahimsa » signifiant « absence de violence » ou « le fait de ne pas causer de nuisance ». Il n’existe pas de terme en français ou en anglais qui permette d’exprimer le concept d’ahimsa d’une façon positive, sans particule « non », aussi, Marshall, conscient que le terme était imparfait, a tout de même choisi de faire usage de « nonviolent ».La violence est l'expression tragique de besoins non satisfaitsMarshall B. Rosenberg
Marshall Rosenberg postule que l'être humain est fondamentalement bon, et nous propose, avec la CNV, de se connecter aux autres. Comme chez Gandhi, les notions d'ennemi et d'élimination de l'autre sont refusées. Dans l'ahimsa comme dans la CNV, bienveillance ne veut pas dire faiblesse : les besoins de chacun·e sont importants.
La CNV, à quoi ça sert ?
La démarche CNV vise à nous défaire des habitudes qui nous ont coupées de notre élan naturel de contribution, et à favoriser l’émergence, la reconnexion à notre bienveillance naturelle.Engager un travail sur soi, devenir conscients de nos propres croyances, de nos conditionnements, des besoins qui nous animent, et de nos limites propres, fait de nous des citoyens plus conscients et agissants, dans nos sphères et à plus grande échelle. En nous émancipant d’anciens schémas et systèmes de pensée, nous participons au changement social, à sa racine. Nous contribuons à l’émergence de nouveaux modes de faire et d’être, basés sur l’interdépendance et la coopération.
Marshall Rosenberg était très attaché à la dimension de l’impact social du processus dont il est à l’origine. Pour lui, la finalité de la Communication NonViolente est que, depuis cet élan du coeur que favorise la CNV, nous puissions oeuvrer collectivement à une société plus juste, et à un partage équitable des ressources.
Devant l’ampleur du changement social auquel nous aspirons tous, le moteur qui nous donnera le plus d’espoir et de force pour réaliser ce changement est, à mes yeux, notre capacité de célébrer nos réalisations. Faisons en sorte que la célébration fasse partie intégrante de notre vie et qu’elle soit le point de départ de nos initiatives. Commençons par là, sinon nous serons dépassés par l’ampleur de la tâche. Cet esprit de célébration nous donnera l’énergie dont nous avons besoin pour mener toutes les actions nécessaires au changement social.Marshall B. Rosenberg
Et comment ça fonctionne ?
Les personnes qui pratiquent la CNV développent une vigilance sur leur façon d'écouter et de s'exprimer. Elles travaillent différentes notions, brièvement présentées ci-dessous.OSBD
La Communication NonViolente repose sur un processus en quatre étapes, que l’on nomme également OSBD (pour Observation, Sentiment, Besoin, Demande).
- Observation : que se passe-t-il, d’un point de vue neutre, objectif ? Nous tentons de décrire la situation, les faits, de manière objective. « Tu es toujours en retard » n’est pas une observation, c’est un jugement. En revanche, « tu es arrivé trois fois après 9h cette semaine » est une observation.
- Sentiment : quand il se passe [observation] comment est-ce que je me sens ? La plupart d’entre nous n’avons pas de réelle facilité à mettre un mot sur notre ressenti, ce que nous appelons sentiment n’en est d’ailleurs pas toujours (incompris, rejeté, trahi, ne sont pas des sentiments par exemple, car ils impliquent autrui, tandis que ébahi, paisible, fâché, morose sont des sentiments).
- Besoin : je me sens [sentiment] parce qu’au fond, j’ai besoin de quoi ? Le besoin en CNV, est l’énergie qui nous pousse à agir. Nous avons tous les mêmes besoins, comme nous allons le voir un peu plus bas, mais nous pouvons avoir des stratégies très différentes lorsqu’il s’agit de satisfaire ces besoins.
- Demande : cette demande est formulée positivement, (ce que je veux, plutôt que ce que je ne veux pas) elle est concrète, précise et ouverte (si je ne suis pas prêt·e à entendre un « non » à ma demande, alors c’est une exigence et non une demande).
Les besoins universels
En CNV, nous n’utilisons pas le terme « besoin » comme nous l’employons dans la vie de tous les jours. En CNV, un besoin est « une manifestation de la vie » comme le disait Marshall Rosenberg, ou un « j’aime vivre » comme les appelle Issâ Padovani.
Les besoins sont universels : nous avons tous les mêmes besoins, ils nous sont communs : besoin de nourriture, de mouvement, de chaleur humaine, de confort, besoin de sens, de cohérence, etc (Manfred Max-Neef classe les besoins dans 9 chapitres ( subsistance
protection,
affection,
compréhension,
participation,
loisir,
création,
identité,
liberté / D'autres catégories sont retenues pour la CNV).
Ils ne sont pas attachés à un contexte, une personne, un objet, une situation particulière. Et il existe une infinité de manières de les satisfaire : c’est ce que l’on appelle des stratégies.
- Distinguer un besoin d’une stratégie : j’ai besoin de me nourrir. Je n’ai pas besoin de chocolat. Le chocolat est une stratégie pour me nourrir. D’ailleurs le chocolat peut aussi être une stratégie pour nourrir un besoin différent, de réconfort par exemple.
Chacal et girafe
Pour symboliser deux paradigmes (c’est-à-dire deux visions du monde différentes, en l’occurrence deux modes de communication opposés) Marshall Rosenberg utilisait la métaphore de la girafe et du chacal. Si vous visionnez des vidéos de Communication NonViolente de Marshall Rosenberg, vous verrez sans doute les marionnettes girafe et chacal qu’il utilisait pour faire comprendre ces deux modes d’expression différents.
Le chacal symbolise notre manière habituelle de nous exprimer, à laquelle nous avons été conditionnés dès notre enfance. Un mode de communication basé sur les jugements, la morale, les étiquettes, les exigences, le désir d’avoir raison et le déni de responsabilité (c’est l’autre qui est responsable de mon malheur : « je me sens comme ceci, parce que TU as fait cela. »)
La girafe quant à elle, est l’animal terrestre qui a le plus grand coeur (ce qui est bien nécessaire pour pomper le sang jusqu’à son cerveau). Elle symbolise donc le langage de la bienveillance et du coeur. Avec son long cou, elle prend de la hauteur et peut voir loin. Elle est donc aussi la métaphore d’un langage empreint de conscience.
Ces métaphores de la girafe et du chacal sont une aide pour nous déconditionner du langage auquel nous sommes habitués.
La Communication NonViolente ne dit pas qu’il est « mal » de parler en mode chacal, et qu’il « faut » parler girafe. Elle invite à prendre conscience que dans notre rapport à nous-même et aux autres, nous sommes parfois sur un mode chacal, parfois sur un mode girafe. Elle nous propose un processus de conscientisation, nous permettant d’aller plus souvent vers un mode d’interaction gagnant-gagnant (dans lequel les besoins de chacun·e sont pris en compte).
Auto-empathie, écoute empathique et expression authentique
La Communication NonViolente nous invite à travailler trois façons de se connecter
- Auto-empathie : Lorsque je pratique l'auto-empathie, je prends le temps d'observer ce qui se passe chez moi (processus OSBD). Cette habitude me permet de savoir, par exemple, si j'ai l'espace pour écouter l'autre, si je dois me retirer pour le moment de la conversation, si je dois m'exprimer authentiquement ou si je dois demander de l'aide.
- Écoute empathique : Lors je pratique l'écoute empathique, j'essaie de comprendre ce que peut vivre l'autre. Je n'ai pas besoin d'être d'accord ou de donner des solutions à l'autre : je donne mon écoute pour permettre à l'autre de se clarifier, de se déposer, d'éclaircir les sentiments qui la/le traversent et les besoins qui sont nourris ou non nourris. L'écoute, c'est aussi ce qui me permet de me connecter et d'être en relation avec un·e autre que moi.
- Expression authentique : Lorsque je pratique l'expression authentique, je dis à l'autre ce que j'aimerais vivre (et ce que je ne veux pas vivre) dans la relation, en prenant soin de parler de mes sentiments et besoins. J'éclaircis ce qui relève des exigences et ce qui relève des demandes. Sans chercher un accord ou un compromis, je peux proposer à l'autre de me partager ce qu'il/elle vit/ressent à l'écoute de mon expression authentique.
L'intention
En amont du processus en quatre étape évoqué plus haut, gardons en tête que la Communication NonViolente est avant tout une intention, plutôt qu’une manière de nous exprimer : celle de se relier à l’autre, celle d’établir une connexion de qualité, plutôt que celle d’avoir raison.
Si nous abordons la CNV avec la volonté plus ou moins consciente de vouloir changer l’autre, il y a fort à parier que ça ne « marchera » pas : la CNV n’est pas un outil pour changer l’autre, pour convaincre, pour obtenir ce que nous voulons.
Pour en découvrir plus : se former en France !
Remerciements
Cette page reprend très largement, avec leur autorisation, le contenu de l'Association pour la Communication NonViolente France.